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Le réseau ferroviaire de l’époque coloniale italienne était un réseau à voie étroite qui reliait les villes principales de l’Érythrée. Depuis le port de Massawa, le train à vapeur montait jusqu’à Asmara et Keren pour finir à Agordat après un trajet de 280 kilomètres.

La genèse du train à vapeur

La construction démarre en 1888 mais le chemin de fer n’atteint Asmara qu’en 1911, Keren en 1922 et Agordat, son terminus, en 1928. La création de cette ligne est une vraie prouesse technique  en raison du dénivelé important de plus de 2000 mètres. Afin de permettre l’ascension du train à vapeur, des ingénieurs ont  créé un tracé sinueux qui limite la pente à gravir, grâce à de nombreux lacets, 65 ponts et 30 tunnels entre Massawa et Asmara.

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Tout le matériel roulant sera importé d’Italie. La compagnie Ansaldo à Gênes se charge de la construction des locomotives à vapeur. Les Italiens sont les précurseurs des autorails grâce au modèle Littorina de FIAT qui est le premier autorail moderne. L’Érythrée en reçoit plusieurs exemplaires pour compléter le parc roulant.

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Autorail FIAT à la gare d’Asmara dans les années 1930

La destruction du chemin de fer

La ligne continue à fonctionner après le départ des italiens. En 1965, le train à vapeur transportait encore 446 000 passagers et 200 000 tonnes de fret.  Mais le début de la guérilla indépendantiste va avoir un effet dévastateur puisque la ligne de chemin de fer devient la cible de sabotages et d’attaques. De nombreux cheminots érythréens refusent ensuite de transporter le matériel et les hommes de l’armée éthiopienne. En 1976, les autorités éthiopiennes décident d’abandonner totalement le chemin de fer, ce qui entraîne le licenciement des employés. Pendant des années, le matériel va rouiller à ciel ouvert.

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Les rails abandonnés sont truffés de mines ou sont arrachés pour garnir les bunkers. Au moment de l’indépendance en 1991, la ligne de chemin de fer est complètement détruite. Mais pour la reconstruire, le coût est astronomique : une entreprise ferroviaire italienne estime le chantier de la remise en état à 400 millions de dollars. La jeune République, dévastée par la guerre, n’a pas les moyens de faire revivre son train mythique.

La renaissance inespérée du rail en Érythrée

Mais il faut compter avec l’orgueil national des Érythréens. Remettre la ligne en service devient donc une priorité et une question de fierté. Le service national mis en place en 1994 permet d’obtenir la main d’oeuvre nécessaire. Les cheminots à la retraite, dernière mémoire vivante du train, remettent leur casquette pour diriger les travaux de remise en état du train à vapeur. Certains ont plus de 80 ans mais se donnent sans compter pour transmettre leur savoir. La découverte d’un stock de rails inutilisés datant des années 1930 caché sur une île des Dahlak permet d’accélérer les travaux. Mais ces efforts finissent par payer, et en 2006, le train fait son retour  à toute vapeur dans la gare d’Asmara !

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Un FIAT Littorina toujours en service 80 ans après !

La renaissance du train à vapeur est l’une des grandes fiertés des Érythréens. Le train figure sur les billets de 10 nakfas, la monnaie nationale. La poste érythréenne a même mis en circulation des timbres commémoratifs. Aujourd’hui, seuls des trains touristiques organisés à la demande entre Asmara et Massawa utilisent la ligne. Avec un peu d’organisation, on peut faire cette balade extraordinaire  !

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