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Fenkil est le nom de code de l’opération lancée le 8 février 1990 pour libérer Massawa. Les combattants du Front Populaire de Libération de l’Érythrée (EPLF en anglais) remportent à cette occasion une victoire décisive sur l’armée éthiopienne.

La libération de Massawa est l’un des tournants de la guerre de libération de l’Erythrée. Les guérilleros en sandales réussissent à vaincre l’armée suréquipée du Derg. Depuis, l’opération Fenkil occupe une place à part dans la mémoire érythréenne. Ainsi, une commémoration annuelle se tient chaque année pour célébrer ce fait d’armes exceptionnel

Un premier acte manqué

En 1977, l’EPLF est proche de libérer la totalité de l’Érythrée. Le régime d’Hailé Sélassié s’est effondré sous le poids de son incurie et l’armée est démoralisée. La guérilla contrôle tout le pays à l’exception d’Asmara et de Massawa. La prise de ce port stratégique doit sceller le sort de l’armée éthiopienne.

Malheureusement, le nouvel homme fort de l’Ethiopie, Mengistu, ne compte pas abandonner la partie si facilement. A la recherche d’armes sophistiquées en grand nombre, il se tourne aussitôt vers le bloc de l’Est. L’URSS vient donc immédiatement à la rescousse de ce nouvel allié.

Les soviétiques déversent alors des tonnes d’armes et d’équipement ainsi que des centaines de conseillers militaires. D’autres pays socialistes comme la RDA ou le Yémen du Sud participent également.

Les combattants érythréens qui s’élancent à l’assaut de Massawa le 23 décembre 1977 ont une cruelle surprise. Au lieu d’une armée démoralisée, ils trouvent face à eux , une force puissamment équipée et déterminée à en découdre. Pris à découvert dans les salines, les guérilleros se font décimer. La marine soviétique intervient directement pour bombarder les positions de l’EPLF.

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Les combattants de l’EPLF pris à découvert

Cette défaite cinglante oblige alors l’EPLF à se replier sur son réduit de Nakfa. Pendant 10 ans, il résistera héroïquement aux offensives incessantes de l’armée éthiopienne. Il faudra attendre la fin des années 1980 pour que l’EPLF puisse reprendre l’offensive.

Opération Fenkil : la revanche tant attendue

La victoire retentissante d’Afabet en mars 1988 permet à l’EPLF de briser l’étau des forces éthiopiennes autour de Nakfa. Les guérilléros peuvent repartir à l’offensive pour libérer leur pays.

En février 1990, l’EPLF est aux portes de Massawa et compte bien l’emporter. Une attaque surprise lancée le 8 février lui permet de couper la route entre Asmara et Massawa. Ainsi, les forces du Derg sont coupées de tout ravitaillement.
Le 10 février, la guérilla occupe la base navale de Massawa grâce à leur propre marine. En effet, l’EPLF arme des vedettes rapides qui s’emparent de la base malgré le feu de l’artillerie et la marine éthiopienne. La marine éthiopienne a cessé d’exister.

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L’EPLF s’empare de Massawa

Un assaut furieux permet ensuite de conquérir les îles de Massawa et Taulud. Les combats font rage le long de la jetée qui relie les îles au continent. Les tanks éthiopiens qui l’occupent sont finalement détruits et toute la ville peut être libérée. Les soldats éthiopiens se replient sur Ghinda avec les combattants de l’EPLF à leurs trousses.

20 000 d’entre eux sont prisonniers et la guérilla met la main sur de gigantesques stocks d’armes. En représailles, l’armée de l’air éthiopienne se met alors à bombarder sans relâche Massawa, y compris avec du napalm. La population déjà très éprouvée paye un lourd tribut. Ainsi, les victimes se comptent en centaines.

La libération de Massawa est un tournant majeur. Le régime éthiopien a perdu sa marine et le port par lequel arrivaient la totalité de l’armement soviétique. La situation logistique de son armée devient extrêmement critique. La défaite finale intervient en mai 1991 à Dekemhare. L’Érythrée est alors totalement libérée.

A Massawa, un monument original commémore l’opération Fenkil. Trois tanks éthiopiens ont été placés à l’entrée de la jetée où a eu lieu le combat final. C’est à cet endroit que se déroulent les commémorations annuelles de cette bataille cruciale dans l’histoire érythréenne.

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