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« La petite Rome africaine » : c’est le surnom d’Asmara, la capitale de l’Érythrée. Grâce à son architecture moderniste exceptionnelle, c’est l’une des plus belles villes d’Afrique !

Ce patrimoine architectural unique au monde est un legs de l’histoire coloniale. Des années 1880 à 1941, l’Érythrée vit sous domination italienne. L’héritage de cette époque a miraculeusement été préservé pendant l’occupation éthiopienne et la guerre de libération. De plus, grâce à l’arrêt complet du développement économique, Asmara est passé au travers du bétonnage acharné contrairement à d’autres capitales africaines.

La genèse d’Asmara

Les premières traces d’occupation régulière sur l’emplacement d’Asmara remontent au Xème siècle. Des villages couronnent le sommet des quatre collines mais ne constituent pas encore une ville unifiée. Ce territoire fait partie de l’Éthiopie et sert de poste-frontière avec les sultanats musulmans de la côte.

Selon la légende, Asmara aurait été fondée le 21 juin 1515. En effet, ce jour-là, les femmes des quatre villages auraient forcé les hommes à s’unir en une seule cité pour se protéger du brigandage. La nouvelle cité prend le nom d’Asmara : « les villages des femmes qui ont apporté l’harmonie » . La ville devient un centre caravanier important sur la route entre le port de Massawa et les hauts plateaux. Mais la prospérité n’a qu’un temps, car les troupes du sultanat d’Adal détruisent la ville en 1534. Asmara restera un petit village jusqu’à la conquête italienne à la fin du XIXème siècle.

Le premier changement intervient en 1900. Le gouverneur Martini décide alors de faire d’Asmara la capitale de la colonie. Le climat doux et l’abondance de sources rendent ce site plus enviable que la fournaise de Massawa. De plus, l’arrivée du chemin de fer en 1911, d’Asmara au port de Massawa, va désenclaver la ville et faciliter les échanges avec la métropole. En ce début de XXème siècle, le développement d’Asmara est lent mais régulier. Selon le recensement de 1931, Asmara compte 3 000 Italiens et 5 500 Érythréens.

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Asmara devient la petite Rome africaine

La véritable transformation d’Asmara a lieu en 1935. Mussolini décide de créer un nouvel Empire Romain dans la corne de l’Afrique. Asmara doit devenir la Rome africaine et refléter la grandeur de l’Empire fasciste. Pour cette raison, le régime va investir des milliards de lires dans la transformation de la ville. Il va également inciter 50 000 colons italiens à s’installer en Érythrée entre 1935 et 1940.

Les autorités vont faire appel aux techniques de planification urbaine les plus modernes pour créer une ville modèle. Elle sera divisée en zones selon la politique d’apartheid en vigueur. La zone italienne profite d’un assainissement moderne, d’avenues larges et fleuries et de constructions de grande qualité. En revanche, les Italiens s’attachent moins à l’organisation de la ville indigène, qui pâtit du manque d’hygiène.

Cette période de construction intense est le terrain de jeu idéal pour les courants architecturaux Modernistes qui fleurissent dans l’Italie fasciste. En effet, les jeunes architectes vont bénéficier à Asmara d’une liberté d’action sans commune mesure avec la métropole.

Petite leçon d’architecture

Trois courants majeurs vont laisser une empreinte durable sur l’architecture d’Asmara.

Le plus emblématique de tous est le futurisme, né en 1909 avec le manifeste du futurisme de Filippo Tommaso Marinetti. Ce mouvement glorifie la machine, la violence et la guerre. Le futurisme trouve un écho en architecture sous la direction de l’architecte Antonio Sant’Elia. Il va incarner l’architecture futuriste nationaliste italienne, en opposition au style Art Déco jugé trop universaliste et trop léger.

Après la première guerre mondiale, ce mouvement est le compagnon de route du fascisme. Il partage la rhétorique guerrière et l’exaltation du progrès. Architecturalement, le futurisme se confond souvent avec le mouvement Art Déco. En effet, il lui emprunte le goût pour les formes rondes inspirées des paquebots de l’époque. Ce courant a laissé une empreinte forte à Asmara. En effet, il signe l’un des plus beaux exemples d’architecture futuriste au monde, la station-service FIAT Tagliero. Ce bâtiment est aussi un défi technique pour l’époque avec ses larges ailes de béton qui tiennent sans support !

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Le courant du Novecento est également bien représenté à Asmara. Il nait à Milan en 1922 avec Giovanni Muzio. Il se fonde sur le rejet de l’avant-gardisme au profit d’une adaptation contemporaine de l’architecture néo-classique italienne des XVème et XVIème siècle. Les architectes de ce courant recourent aux lignes néo-classiques et utilisent abondamment des décorations extérieures élaborées.

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Le dernier-né des courants modernistes est le rationalisme. Il est fondé en Italie en 1926 par de jeunes architectes qui cherchent une voie médiane entre le courant du novecento et le futurisme. Ce courant s’attache à l’aspect fonctionnel du bâtiment et promeut un esthétisme géométrique épuré. Les rationalistes vont ensuite diriger des projets d’envergure en Italie comme la construction du quartier de l’exposition universelle (EUR) à Rome. Ils laisseront également leur empreinte sur de nombreux bâtiments d’Asmara. De plus, ce mouvement connaîtra la postérité, inspirant des architectes comme Le Corbusier et Niemeyer.

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L’apogée des années 1930

Asmara se développe ensuite à un rythme effréné jusqu’à l’entrée en guerre de l’Italie en juin 1940. A cette date, 55 000 Italiens et 120 000 Érythréens habitent la petite Rome et profitent de la dolce vita. Les avenues fleuries et les nombreux bars font battre le cœur de la Mère Patrie. Enfin, la ville s’impose comme une vitrine sans équivalent dans le monde du modernisme des années 1930.

Les années de privation

La défaite italienne entraîne l’occupation d’Asmara le 1er avril 1941 par les Britanniques. Sous couvert des réparations de guerre, les occupants se livrent à un pillage industriel méthodique. Ces destructions vont détruire l’économie érythréenne. Cet appauvrissement, combiné aux violences politiques dès 1945, déclenche le départ des Italiens et la fermeture de nombreux commerces. Ce déclin s’accentue ensuite sous la domination éthiopienne et provoque chômage et pauvreté à grande échelle. Par conséquent, les derniers Italiens quittent le territoire.

L’arrivée du Derg au pouvoir en Ethiopie en 1974 inaugure une période de terreur. De nombreux Érythréens vont prendre la route de l’exil vers des camps de réfugiés au Soudan pour y échapper. En conséquence, on ne dénombre plus que 90 000 habitants à Asmara en 1977 contre 200 000 trois ans plus tôt.

Paradoxalement, les malheurs d’Asmara vont protéger son patrimoine architectural unique au monde. Le manque d’investissements du gouvernement éthiopien empêche certes tout développement, mais sauve Asmara de la défiguration urbaine. La ville reste à l’écart des combats pour l’indépendance et ne déplore aucune destruction majeure. Cependant, les bâtiments commencent à se dégrader, faut de moyens  financiers pour les entretenir. Le 24 mai 1991, l’armée éthiopienne abandonne la ville sans combat aux combattants de l’EPLF, la guérilla indépendantiste que dirige le président actuel  de l’Érythrée, Isaïas Afwerki.

Après l’indépendance, le nouveau pouvoir prend rapidement conscience de l’intérêt culturel et touristique du centre-ville d’Asmara. En raison du manque d’entretien, le besoin de réparation est immense. Malgré les impératifs de reconstruction du pays, le gouvernement déclare le centre-ville d’Asmara zone historique. Il lance également un programme de rénovation à grande échelle. Un moratoire est voté pour empêcher toute nouvelle construction susceptible de défigurer le centre-ville. Malheureusement, la ruineuse guerre de 1999-2000 contre l’Ethiopie sonne le glas du programme.

Les espoirs pour les années qui viennent

La paix nouvelle avec l’Ethiopie, les pourparlers avec Djibouti et le classement du centre-ville à l’UNESCO en 2017 sont autant de bonnes nouvelles pour la mise en valeur touristique d’Asmara.

Grâce à ce patrimoine architectural unique au monde, Asmara est d’ores et déjà une destination immanquable. En plus, ce pays est très sûr pour les touristes. Nous vous proposons également un circuit d’une journée pour découvrir l’essentiel de cette ville extraordinaire.

Pour en savoir plus, voici une sélection de livres à découvrir sur Asmara :

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